Ça fait 4 ans et demie que je danse, et 3 ans et demi que je donne des cours. Cette année, tout le groupe de LTC était super doué. En général, chaque année, on a une ou deux personnes qui s’en sortent vraiment bien. Mais cette fois, c’était tout le groupe ! On est très liés. On a fait des festivals ensemble ; c’est un groupe qui bouge ! Certains endroits sont élitistes, attitude que je n’aime pas du tout, donc je n’y vais pas, mais des endroits comme Sitges, Sisteron, Nijmegen sont des endroits très conviviaux, très ouverts.
Sitges, parce c’est en été et qu’on a les pieds dans le sable, et Nijmegen parce qu’on ne danse pas pour le show : la configuration de la salle est faite de sorte qu’on ne danse que pour soi. Pas de chaises autour de la piste, donc impossible de regarder les danseurs. Ça crée une ambiance vraiment particulière. Tu sens que chacun est plongé dans sa propre danse, sans conscience du regard d’un public. La circulation du bal est vraiment exceptionnelle, la meilleure d’Europe, même mieux qu’à Buenos Aires selon moi. J’aime vraiment beaucoup aller danser là-bas.
Ça a été un jeu de hasard que de commencer le tango. Je n’avais jamais fait de danse avant. Une amie me parlait toujours du tango argentin, et je ne savais pas du tout ce que c’était. Un jour, elle m’a présenté un danseur. Ils allaient justement à une milonga à TDS. Je l’ai accompagnée, histoire de voir ce qu’était ce fameux tango. Quand j’ai vu cette salle, avec son ambiance particulière, ça a été le choc, il fallait que j’en fasse. Et le lendemain, j’ai fait mes premiers pas. Ensuite, je suis allé à toutes les milongas pour regarder comment ça se passait, et voilà.
J’ai commencé à enseigner le tango sans être vraiment sûr de moi, et j’ai arrêté très vite. Puis je suis parti à Paris presque un an, et à mon retour, Esteban et Nicole m’ont tous les deux appelé. Je suis revenu vivre à Lyon et j’ai commencé à donner des cours à TDS et à LTC. J’ai vraiment eu de la chance : quand je suis revenu à Lyon, je n’ai fait que du tango. J’ai eu les contrats qui m’ont été proposés par TDS et LTC, on m’a rapidement proposé de faire des stages, des démos, et ça m’a permis d’en vivre pas trop mal dès le départ. J’ai aussi un contrat chez Casino, pour compléter.
Nous avons énormément travaillé et progressé ensemble. Moins quand elle a été maman, même si on a continué à accepter les propositions de travail que l’on recevait. Le cours à LTC se passait très bien, et pour les démos on n’avait jamais besoin de rien préparer tellement on s’entend bien. Quand on a commencé à danser ensemble, elle avait quelque chose comme 6 mois de tango, et moi 4 ou 5. On a dansé pour la première fois ensemble à Chassieux. Il y a eu un déclic à ce moment là, je savais qu’il allait se passer quelque chose avec elle. C’est dur de se dire que tout ça s’arrête, et ça va beaucoup me manquer. Même si je pars content car ça va être une nouvelle expérience pour moi.
Pour avoir voyagé un peu et vu comment les gens dansent ailleurs, je peux dire que le tango est radicalement différent d’un pays à l’autre. La France est pour moi le pays le plus froid au niveau de la danse et de l’ambiance. A Paris et à Lyon, c’est très hermétique. En Allemagne par exemple, il est très facile d’intégrer des milongas où on ne connaît personne, on est bien accueillis. En France, on a beaucoup plus de mal qu’à Milan, Turin ou Berlin, où même les débutants peuvent danser avec tout le monde sans complexe. Comme dans toutes les villes, tout dépend des professeurs présents. Le fait qu’Esteban et Diego soient en résidence à Lyon, animent beaucoup plus de cours, a donné un véritable élan. La population tango rajeunit également. Le fait que les initiations soient également assurées par des jeunes conduit à une plus grande identification ; ça attire beaucoup plus de jeunes. J’espère qu’on va arriver à un tango ouvert et accessible, pas guindé, mais vraiment convivial. Pour passer de bons moments.
Je quitte tout. Je veux vraiment faire le tour de l’Amérique du Sud. J’en ai vu à la fois trop et pas assez. L’élément déclencheur a été le déménagement de Smahane. J’ai travaillé avec elle depuis le départ, et pour retrouver quelqu’un, reconstruire une relation de 3 ans et demie de tango, ça me paraît insurmontable. Donc je n’avais pas envie de me lancer dans une recherche pour trouver une partenaire, alors je me suis dit que c’était le moment de faire ce voyage. J’avais prévu de partir en janvier, pour me laisser le temps de me préparer, mais je vais peut-être avancer la date et partir en décembre. Je n’ai encore rien prévu du tout. Je ne vais pas rester qu’à Buenos Aires, je vais bouger. Je vais reprendre une idée de Smahane, un « tour du monde en 80 tangos ». L’idée me plait de découvrir plein de cultures, de danser avec des gens différents. Goûter au tango en Uruguay, au Pérou... Après, je ne me vois pas revenir à Lyon. En France, pourquoi pas ? Je me vois bien dans le Sud, à Marseille par exemple.
L’enseignement est très bien, pour les avancés et les intermédiaires notamment, on leur apprend des choses innovantes, mais il manque le sentiment de danser pour le bal, la connexion entre les partenaires. Et trouver une danse personnelle, non figurative, c’est ça qui fait l’ambiance, qui fait qu’un lieu va devenir sympa, selon moi. Chacun doit trouver sa propre personnalité dans le tango.
C’est une longue histoire. Ça s’est passé en 2004, lors d’un voyage au Chili, de la pointe Nord à la pointe Sud. Sauf que pour arriver en Patagonie chilienne, on est obligé de passer par l’Argentine. Après un trek, on est sortis le soir dans un café. Il n’y avait pas grand monde ; un couple, tout jeune, est arrivé, a mis du tango et a dansé. Et là, ça a été magique. Je suis restée scotchée. Une touriste s’est levée pour leur demander comment ça marchait ; parce qu’à première vue, on se demande vraiment si c’est improvisé ou pas. Le couple a donc improvisé une initiation, que j’ai suivie avec mes grosses godasses de trek. Après ça, je n’ai pas fermé l'œil de la nuit, je me disais que jamais je n’allais retrouver ça en France. Et surprise, au retour, il existait à Grenoble 3 ou 4 associations de tango :-) En septembre 2004, j’ai donc commencé à prendre des cours. Je suis ensuite partie en Argentine. Au début, pour un mois, et au final, 3 mois et demi !
Ma nouvelle vie est à Briançon. Le contrat avec LTC se terminant, et ayant envie de bouger de Grenoble depuis un certain temps, on va prendre le luxe d’habiter là où on en a envie. Je ne vais pas chercher d’autre partenaire. De toute façon, avec Rudy, je ne vois pas comment on pourrait faire l’un sans l’autre. Pour danser, je vais devoir me déplacer loin, je vais me faire des weekends entiers ! Nous nous reverrons à Turin, Marseille ou encore Sisteron...
Propos recueillis par T? Sibelle (T. Sibelle, F. Meyer et A. Martinez) le 28/07/09
Transcription et résumé : F. meyer.